Intéressons-nous de plus près à l’uvéite, une affection qu’Excelsior connaît malheureusement bien. Chez lui, les complications ont fini par conduire à l’ablation de l’œil touché. Le mot peut faire peur, mais comprendre ce qui se passe permet surtout de reconnaître rapidement les signes et de ne pas laisser la douleur s’installer.
Qu’est-ce que l’uvéite ?
L’uvéite est une inflammation de l’uvée, une partie interne de l’œil qui comprend notamment l’iris. Cette inflammation peut être très douloureuse et endommager progressivement différentes structures de l’œil.
Un cheval peut présenter une seule crise d’uvéite sans forcément développer une forme récidivante. On parle d’uvéite récidivante lorsque les épisodes inflammatoires reviennent ou lorsqu’une inflammation persiste de façon plus discrète. Cette forme, aussi appelée « cécité lunaire », est l’une des principales causes de perte de vision chez le cheval.
Les signes qui doivent alerter
Une crise peut apparaître brutalement. Les signes ne sont pas toujours tous présents, mais il faut notamment surveiller :
- un œil à moitié ou complètement fermé ;
- un larmoiement inhabituel ou un écoulement ;
- une rougeur autour de l’œil ;
- une paupière gonflée ;
- une gêne importante face à la lumière ;
- un œil trouble, bleuté ou dont l’aspect semble différent ;
- une pupille plus petite ou qui réagit anormalement ;
- un cheval qui se frotte l’œil, devient inquiet ou semble moins bien voir.
Il existe également des formes plus silencieuses. L’inflammation évolue alors sans crise douloureuse très visible et les premiers changements remarqués peuvent être une hésitation, des réactions inhabituelles ou une baisse progressive de la vision.
Un œil fermé, douloureux, rouge ou trouble doit être considéré comme une urgence vétérinaire. Les problèmes oculaires peuvent évoluer rapidement et plusieurs affections différentes produisent des signes très proches.
Pourquoi l’uvéite peut-elle revenir ?
L’uvéite récidivante est une maladie complexe. Elle implique généralement une réaction excessive du système immunitaire, qui entretient l’inflammation et finit par abîmer les tissus de l’œil. Des facteurs génétiques et environnementaux peuvent intervenir. Certaines infections, notamment par des bactéries du genre Leptospira, ont aussi été associées à certains cas.
Cela ne signifie pas qu’un cheval atteint a forcément contracté la leptospirose, ni que toutes les uvéites ont la même origine. Seul l’examen vétérinaire, complété si nécessaire par des analyses, permet d’orienter le diagnostic.
Comment le diagnostic est-il posé ?
Le vétérinaire examine les différentes parties de l’œil et recherche à la fois les signes d’inflammation et d’éventuelles lésions. Il peut notamment utiliser un colorant à la fluorescéine pour vérifier l’état de la cornée et mesurer la pression à l’intérieur de l’œil. Dans certains cas, un examen du fond de l’œil, une échographie ou des analyses complémentaires sont nécessaires.
L’historique compte beaucoup : une succession de crises documentées ou la présence d’une inflammation persistante aide à distinguer l’uvéite récidivante d’un épisode isolé ou d’un autre problème oculaire.
L’œil d’Excelsior au fil du temps
Ces photos sont présentées dans l’ordre chronologique. Elles montrent l’aspect de son œil pendant les crises et entre deux épisodes.
Quels sont les traitements possibles ?
Pendant une crise, le traitement vise avant tout à réduire l’inflammation, soulager la douleur et protéger autant que possible la vision. Selon la situation, le vétérinaire peut prescrire des traitements locaux, des anti-inflammatoires généraux et un médicament destiné à dilater la pupille.
Dans certaines formes récidivantes, une prise en charge spécialisée ou une intervention chirurgicale peut être envisagée. Les possibilités dépendent de l’état de l’œil, de la vision encore présente, de la fréquence des crises et de leur origine probable.
Il ne faut jamais réutiliser un ancien collyre sans l’accord du vétérinaire. Certains produits, notamment ceux contenant des corticoïdes, peuvent être dangereux lorsque la cornée est lésée. Deux yeux qui se ressemblent peuvent donc nécessiter des traitements très différents.
Quand retirer l’œil devient la solution la plus douce
Lorsque l’œil est devenu aveugle et reste douloureux, l’ablation peut être recommandée. Cette décision est impressionnante pour l’humain, mais elle permet de supprimer une source de douleur chronique lorsqu’il n’est plus possible de sauver l’œil.
Un cheval borgne peut conserver une excellente qualité de vie. Il lui faut surtout un peu de temps pour adapter ses repères et compenser la réduction de son champ de vision.
Vivre avec un seul œil : l’exemple d’Excelsior
Excelsior vit aujourd’hui avec un seul œil. Cela ne l’empêche pas de profiter du pré, de ses congénères ou des activités qu’il apprécie. Certaines situations demandent simplement davantage de patience : il faut lui laisser le temps d’observer, éviter de le surprendre du côté qu’il ne voit pas et annoncer calmement sa présence lorsqu’on l’approche.
L’objectif n’est pas de le surprotéger, mais de rendre son environnement prévisible. Des passages dégagés, des objets placés de manière cohérente et des gestes calmes l’aident à conserver sa confiance et son autonomie.
Peut-on prévenir l’uvéite ?
Il n’existe malheureusement pas de méthode capable d’empêcher toutes les uvéites ou toutes les récidives. La meilleure prévention reste l’observation quotidienne et la rapidité de réaction :
- regarder régulièrement les deux yeux ;
- ne pas banaliser un larmoiement ou un œil fermé ;
- limiter les risques de traumatisme ;
- protéger l’œil des insectes ou d’une forte lumière si le vétérinaire le conseille ;
- respecter le suivi et le traitement prescrits ;
- contacter rapidement le vétérinaire dès qu’un changement apparaît.
Avec les yeux, attendre « pour voir si cela passe » peut faire perdre un temps précieux. Mieux vaut un appel qui rassure qu’une inflammation laissée sans soins.
Pour aller plus loin
Les informations présentées ici s’appuient notamment sur les ressources vétérinaires de l’Université de Californie à Davis et du College of Veterinary Medicine de NC State.
Equine Recurrent Uveitis – UC Davis School of Veterinary Medicine
Equine Ophthalmology: Recurrent Uveitis – NC State Veterinary Hospital
Cet article a un objectif de sensibilisation et d’information. Il ne permet pas de poser un diagnostic et ne remplace jamais l’examen ni les recommandations d’un vétérinaire.





